Aion : 17 ans du MMORPG culte de NCsoft (2009-2026)
Crédit : NCsoft / Gameforge

Aion : 17 ans du MMORPG culte de NCsoft (2009-2026)

Fabian Fabian Lainé
Nous suivre sur

En bref

Aion : The Tower of Eternity fête ses 17 ans d'existence et annonce l'arrivée d'Aion 2 en septembre 2026. Du lancement coréen en 2008 au passage en free-to-play, en passant par le transfert à Gameforge et le succès surprise d'Aion Classic, ce MMORPG de NCsoft a survécu à deux décennies de turbulences en restant fidèle à ses racines : combats aériens, PvPvE massif dans les Abysses, et une communauté acharnée qui refuse de lâcher prise.

Dix-sept ans. C'est le temps qui sépare la sortie coréenne d'Aion : The Tower of Eternity, en novembre 2008, des premiers pas attendus d'Aion 2 à l'international en septembre 2026. Entre ces deux dates, une saga MMORPG rare, un moteur graphique qui a marqué les rétines de toute une génération, une communauté française passionnée et plusieurs vies successives — occidentale, coréenne, F2P, Classic — qui prouvent qu'un jeu ne meurt jamais tout à fait tant qu'il reste quelqu'un pour l'aimer.

À l'époque où World of Warcraft écrasait le marché et où Guild Wars défendait la formule sans abonnement, NCsoft — déjà éditeur de Lineage et de Guild Wars — a osé le pari des combats aériens, d'un lore biblique entre lumière et ombre, et d'un système PvPvE tripartite dans les Abysses. Retour sur presque deux décennies d'un jeu qui a durablement marqué le genre.

Novembre 2008 : la Corée découvre Atreia

Le 25 novembre 2008, NCsoft lance Aion : The Tower of Eternity sur son marché domestique après une longue phase de tests fermés. Le succès est immédiat : un pic d'affluence remarquable, un record pour l'éditeur qui règne déjà sur le PvP coréen grâce à Lineage II. Le titre est propulsé au sommet des palmarès locaux et devient rapidement la première source de revenus de NCsoft.

Le jeu s'appuie sur une version fortement modifiée du CryEngine — un choix technologique rare pour un MMORPG à l'époque, la plupart des concurrents étant coincés sur des moteurs propriétaires vieillissants. Les captures d'écran qui circulent alors sur les forums occidentaux impressionnent : ciels ourlés de nuages, forêts éclairées en volumétrique, effets d'ailes lumineuses au combat. Pour beaucoup, Aion est déjà « le plus beau MMORPG jamais sorti ».

22-25 septembre 2009 : l'Occident s'envole

Après près d'un an d'attente, NCsoft West déploie enfin le jeu à l'international : 22 septembre 2009 en Amérique du Nord, 25 septembre 2009 en Europe. La hype est à son comble. Les précommandes s'arrachent, les serveurs sont saturés au lancement, et les grandes guildes de WoW, Age of Conan ou Warhammer Online migrent en masse pour tenter l'aventure.

Le contexte est parfait : le marché MMORPG cherche activement un successeur à WoW: Wrath of the Lich King, et rares sont les jeux à proposer une identité aussi affirmée. Aion arrive avec un système d'abonnement classique (12,99 €/mois) et surtout trois ans d'avance technique sur la plupart des concurrents occidentaux. Sur les serveurs français, les files d'attente à la connexion dépassent parfois l'heure lors du premier week-end.

Le pitch original : un monde brisé, deux peuples, un ciel

L'univers d'Aion, Atreia, est un monde en forme de sphère creuse fracturée en son centre par un cataclysme mille ans plus tôt. Les Élyséens occupent la moitié lumineuse, baignée de soleil, gouvernée par les Empyréens sous la conduite spirituelle de Kaisinel. Les Asmodiens, eux, survivent sur la face sombre du monde, endurcis par le froid et l'obscurité, sous la protection de Marchutan. Entre les deux, les Abysses, immensité verticale hantée par la troisième faction PNJ : les Balaur, dragons antédiluviens qui rêvent de reconquérir Atreia.

Une même race originelle divisée par le cataclysme, deux civilisations façonnées par leurs environnements opposés, et un ciel commun à reconquérir : le socle narratif d'Aion est d'une élégance rare pour un MMORPG de son époque.

Les mécaniques suivent la fiction. À partir du niveau 10, le joueur reçoit ses ailes lors de la cérémonie d'ascension. Elles ne servent pas qu'à voler dans les zones dédiées — elles définissent tout un système de combat aérien, où esquives, altitudes et durées de vol conditionnent la victoire. Les Abysses, débloquées au niveau 25, restent aujourd'hui encore l'un des rares exemples réussis de PvPvE massif tripartite, avec des forteresses à prendre, un scoring global de faction et des invasions PNJ Balaur qui viennent régulièrement rebattre les cartes.

Réception 2009 : critique flatteuse et succès commercial

La presse spécialisée est globalement enthousiaste. Jeuxvideo.com attribue 16/20 au jeu, saluant sa beauté plastique, son PvP innovant et sa cohérence de direction artistique, tout en pointant un endgame encore léger et un système de « points d'abîme » exigeant. Les notes internationales oscillent entre 80 et 88/100 sur Metacritic — un très bon résultat pour un MMORPG asiatique importé.

Sur le plan commercial, NCsoft annonce plus de un très grand nombre de comptes créés en Occident au cours des six premiers mois, avec un pic à environ un million d'abonnés actifs. La Corée du Sud, elle, franchit rapidement les des millions de joueurs. Aion devient l'un des trois plus gros MMORPG payants au monde derrière WoW, à égalité avec Lineage II.

2010-2012 : extensions à la chaîne et virage F2P

NCsoft enchaîne rapidement les mises à jour majeures :

  • Aion 2.0 — Assault on Balaurea (septembre 2010) : passage du level cap de 50 à 55, deux continents inédits (Inggison et Gelkmaros), sièges Balaur, système de dévouement.
  • Aion 2.5 — Empyrean Calling (février 2011) : nouvelles instances, refonte de la fabrication et de l'artisanat.
  • Aion 3.0 — The Ascension (fin 2011) : introduction de la Tour d'Éternité jouable, niveau 60, nouvelles montures, refonte des Abysses supérieures.

Mais le marché a bougé. Rift, Star Wars: The Old Republic, puis Guild Wars 2 arrivent, et le modèle par abonnement s'essouffle. En février 2012, NCsoft West prend la décision qui va conditionner toute la suite : Aion passe free-to-play en Europe et en Amérique du Nord. Les serveurs, exsangues depuis un an, se remplissent à nouveau brièvement, puis se stabilisent à un régime bien plus modeste. La boutique en jeu apparaît, avec les critiques habituelles sur le pay-to-win rampant.

2013-2020 : déclin occidental et transfert à Gameforge

La suite est celle de beaucoup de MMORPG de sa génération. Le studio coréen continue d'alimenter les extensions à un rythme soutenu — Dark Betrayal (4.0), Steel Cavalry (4.5), Echoes of Eternity (5.0), Rebirth (5.6), Refly (6.0), Awakened Legacy (7.0) — mais l'audience occidentale s'érode inexorablement. Les serveurs sont fusionnés à plusieurs reprises, les zones autrefois bondées se vident, et les guildes historiques finissent par se disperser ou se replier sur des serveurs privés parallèles.

Grande date pour la communauté française et européenne : en février 2017, NCsoft West transfère la publication du jeu en Europe à Gameforge, éditeur allemand déjà en charge de titres comme TERA ou Metin2. La transition, redoutée par une partie de la communauté, se passe finalement mieux que prévu : Gameforge relocalise les serveurs, poursuit les mises à jour, et maintient un support français actif. La Corée, elle, reste massivement fidèle : Aion y demeure jusqu'en 2020 dans le top 20 des jeux PC les plus joués selon les classements Gametrics.

2021 : Aion Classic ressuscite l'âge d'or

C'est un phénomène qu'on retrouvera plus tard sur WoW Classic ou RuneScape Old School : la nostalgie devient un modèle économique à part entière. NCsoft lance Aion Classic en Amérique du Nord en juin 2021, puis en Corée en novembre 2021. Le principe : rejouer l'ère 1.5 / pré-4.0, avec les vraies mécaniques d'origine, la lenteur d'ascension, la pénibilité assumée des débuts, et surtout un modèle économique à mi-chemin entre l'abonnement et le F2P (le fameux « Daeva Pass »).

Aion Classic n'est pas une simple nostalgie de façade : c'est le retour d'un jeu qui, à ses débuts, forçait les joueurs à se rassembler pour survivre. Une philosophie qu'un MMORPG moderne assume rarement.

Le succès en Corée est spectaculaire : files d'attente, serveurs saturés, retour de guildes historiques. Les anciens joueurs occidentaux, qui avaient déserté après 4.0, retrouvent leur jeu. Reste que Classic est initialement absent d'Europe — un manque très mal vécu par la communauté française, qui multiplie les pétitions et les topics de relance sur les forums Gameforge et JudgeHype.

2023-2024 : Aion Classic débarque en Europe

Gameforge répond enfin à la demande : Aion Classic Europe ouvre ses portes en 2023, avec des serveurs francophones dédiés. La montée en version reprend celle de la Corée : Classic 2.0 arrive courant 2024, ramenant Balaurea, les sièges d'Inggison et Gelkmaros, et le niveau 55. Les serveurs voient revenir les vétérans, souvent nostalgiques du duo Nezekan / Perento — les deux serveurs français historiques d'origine.

Le rythme de patching, calqué sur celui de la Corée avec un décalage d'environ dix-huit mois, permet à Gameforge de s'appuyer sur des mécaniques déjà rodées. La communauté française reste modeste — quelques milliers de joueurs actifs — mais fidèle et soudée, avec des Discords où l'on croise encore des tags de guilde vieux de plus de dix ans.

2025-2026 : Aion 2, la relève enfin annoncée

Après plusieurs années de silence radio et un premier teaser au G-STAR 2024, NCsoft dévoile officiellement Aion 2 avec une fenêtre de sortie coréenne fixée à novembre 2025. Le jeu, développé sur Unreal Engine 5, promet un monde ouvert seamless, un renouvellement complet des combats aériens, du multi-plateforme PC/mobile et une refonte totale du lore d'Atreia autour d'un nouveau cataclysme, plusieurs siècles après les événements du premier opus.

Le lancement coréen en novembre 2025 confirme les ambitions du studio : plus de un très grand nombre de préinscriptions, des serveurs saturés dès le premier week-end, une couverture presse mondiale relayée jusque sur les chaînes YouTube spécialisées MMO en français. NCsoft annonce dans la foulée une sortie mondiale pour septembre 2026, avec édition européenne co-gérée par NCsoft West et Gameforge selon les régions.

Pour beaucoup d'anciens, l'émotion est palpable : dix-sept ans après avoir découvert Atreia sur un écran cathodique, les Élyséens et Asmodiens de la première heure préparent leur retour. Les guildes historiques françaises — celles qui tenaient les forteresses de Divine et de Kysis en 2010 — se réactivent sur Discord et recensent déjà leurs vétérans.

La communauté française : Nezekan, Perento et la nostalgie des serveurs français bondés

La communauté française d'Aion a toujours été un cas particulier. À l'origine, deux serveurs francophones officiels : Nezekan et Perento, régulièrement full, avec des pics avoisinant les 2 500 joueurs simultanés chacun. Les guildes historiques — Legacy, French Kiss, Genesis, Excellium, Renegades... — organisent des sièges d'Abysses à plus de deux cents personnes, coordonnés sur Ventrilo puis Mumble, sur trois lignes vocales en parallèle. À l'époque, obtenir la relique d'une forteresse un dimanche soir était un événement dont on parlait toute la semaine sur les forums.

L'histoire des transferts de serveurs est un roman en soi. Fusions successives (Nezekan devient Deltras, puis Kaisinel...), migration des populations, exil temporaire vers les serveurs allemands quand les FR-serveurs se vident, retour sur Aion Classic Europe... La géographie humaine du jeu n'a jamais cessé de se recomposer.

Culturellement, Aion a laissé une empreinte durable en France :

  • Cosplay : les tenues d'Assassin Élyséen, de Gunner Asmodien ou de Chantre restent des classiques des conventions (Japan Expo, Paris Manga).
  • Fanart : DeviantArt et ArtStation regorgent d'œuvres françaises inspirées des Empyréens, souvent citées parmi les meilleurs travaux fan-based de MMORPG asiatiques.
  • Esport léger : sans jamais devenir un vrai esport, Aion a nourri des tournois PvP 1v1 et 3v3 non-officiels, notamment via JudgeHype et Millenium entre 2010 et 2015.
  • Machinima et vidéos PvP : les montages « Aion PvP Movie » d'assassins ou de spiritmasters français ont largement circulé sur YouTube au début des années 2010.

Pour aller plus loin

Dix-sept ans, quatre versions majeures, deux éditeurs occidentaux, une renaissance Classic et bientôt une suite tant attendue : peu de MMORPG peuvent revendiquer un tel parcours. Que l'on ait connu Atreia lors de la bêta 2009, découvert le F2P en 2012 ou attendu patiemment l'ouverture de Classic Europe en 2023, Aion n'a jamais complètement disparu. En 2026, il s'apprête à recommencer — et il aura, à n'en pas douter, toujours quelqu'un pour l'attendre au sommet de la Tour d'Éternité.

Partager cet article

Avez-vous joué à Aion entre 2009 et 2020, et y reviendriez-vous pour Aion 2 ?

Questions fréquentes

Pourquoi Aion a-t-il survécu aussi longtemps alors que beaucoup de MMORPG de sa génération ont fermé ?
Aion s'appuie sur une base de fans coréenne massive et fidèle, une identité artistique très affirmée (les ailes, les Abysses, le lore biblique), et une gestion qui a su se réinventer : passage en F2P, transfert à Gameforge, puis Aion Classic. C'est moins le jeu qui survit que la communauté qui le refuse de mourir.
Qu'est-ce que fait Gameforge concrètement depuis 2017 ?
Gameforge publie Aion en Europe et assure la localisation française, les mises à jour serveurs, et le support client. Contrairement aux craintes, la transition s'est bien passée et l'éditeur allemand a maintenu le jeu compétitif et à jour techniquement.
Aion Classic est-il vraiment différent de la version live actuellement en jeu ?
Oui : Classic rejouait l'ère 1.5 pré-4.0 avec les mécaniques d'origine, une montée en niveau lente et pénible, et un système d'économie qui forçait l'entraide. C'est fondamentalement un jeu plus dur et collectif que les extensions modernes, d'où son succès auprès des anciens joueurs.
Aion 2 va-t-il vraiment sortir en 2026 ou c'est vapourware ?
Aion 2 est annoncé pour septembre 2026 en version internationale, avec une version coréenne probablement antérieure. NCsoft a investi dans le moteur Unreal Engine 5 et y va vraiment, mais l'attente de 17 ans prouve qu'il ne faut pas vendre la peau du Daeva avant de la tuer.
Est-ce que je peux encore jouer à Aion en 2026 sur les serveurs actuels ?
Oui, les serveurs live Gameforge (Europe/France) continuent de tourner et sont toujours mis à jour. Aion 2 sera un jeu séparé, pas un remplacement. Vous pourrez donc continuer sur l'original ou basculer vers la suite — ou les deux.

À retenir

  • Aion a révolutionné le MMORPG avec ses combats aériens verticaux et un système PvPvE tripartite unique dans les Abysses.
  • Le passage en free-to-play en 2012 a sauvé le titre d'un déclin occidental certain, même s'il a apporté les critiques habituelles sur le pay-to-win.
  • Aion Classic (2021) a prouvé que la nostalgie pouvait ressusciter un jeu, avec files d'attente et serveurs saturés en Corée.
  • NCsoft a maintenu un rythme de mises à jour constant pendant 17 ans, du CryEngine modifié d'origine aux extensions numérotées jusqu'à 7.0.
  • Le transfert à Gameforge en 2017 a stabilisé l'Europe et la France, contrairement aux craintes initiales de la communauté.

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir !

Laisser un commentaire

Derniers articles